L’anonymat au fil des âges
Comment l’anonymat, plus que sa définition, a-t-il évolué au travers des âges ?
L’anonymat, qui désigne ce qui n’a pas de nom, a vu sa définition, de même que son usage, évoluer au fil des âges. De ce qui n’a pas de nom à l’état d’une personne dont on ne connaît pas l’identité et que l’on ne peut pas identifier, l’anonymat a prit toute une nouvelle dimension.
Lorsqu’on parle d’anonymat, on pense souvent aux réseaux sociaux. Mais la définition même du terme a divergé de la définition originelle. En effet, selon histoires-en-citations.fr, l’anonymat vient du grec ἀνώνυμος / anṓnumos, « qui n'a pas reçu de nom, anonyme », et désigne la qualité de ce qui est sans nom (ou sans renommée).
De nos jours, la définition d’anonymat est plus proche de la définition de vie-publique.fr : "L'anonymat est l'état d'une personne dont on ne connaît pas l'identité et que l'on ne peut pas identifier."
Ainsi, on peut se demander comment l’anonymat, plus que sa définition, a-t-il évolué au travers des âges ?
Dans un premier temps, intéressons-nous aux origines de l’anonymat. On le retrouve d'abord, au 16e siècle, associé à la rue, aux passants, aux piétons et autres.
Cette notion d’anonymat est utilisée comme adjectif pour ce qui n’a pas de nom, et est adaptée aux livres et écrivains, leur permettant, dans un premier temps, de publier du contenu qu’on ne peut associer à aucun nom.
Au fil du temps, l’anonymat a été utilisé, par exemple par les écrivains, pour publier leurs ouvrages sous d’autres noms afin d’éviter la censure voire l’arrestation. Certains se sont créé des personnages, comme Georges Sand, nom de plume de Aurore Dupin, qui a publié plus de cent livres sous ce nom. Cela lui a permis de contourner la censure et de publier près de quatre-vingts romans dans une société qui méprise l’écriture des femmes.
De même, de nombreuses personnes sont dépendantes de leur anonymat, qui leur permet de publier du contenu et communiquer sans risquer d’y laisser leur vie, notamment dans les pays autoritaires et totalitaires où l’anonymat est fortement contrôlé, voire à interdire, car il représente des déviances, une liberté d’expression, et donc peut remettre en cause le régime et la vérité qui y est véhiculée.
Aujourd'hui, le terme "anonymat" est plus lié aux réseaux sociaux, via lesquels la question de l’identification devient un enjeu social & politique majeur des relations entre expressions du sujet et limites de la censure. Nous avons vu émerger, au 20e siècle, deux nouveaux termes : la pseudonymisation et l’anonymisation.
Le premier terme désigne, selon vie-publique.fr, le fait de remplacer des données personnelles directement identifiantes (nom, prénom, etc.) par des données indirectement identifiantes (alias, numéro séquentiel, etc.). La pseudonymisation permet de traiter les données d'une personne physique sans pouvoir l'identifier de façon directe.
L’anonymisation, elle, est un traitement via un ensemble de techniques consistant à rendre impossible toute identification d'une personne par quelque moyen que ce soit et de manière irréversible (en utilisant par exemple la randomisation et la généralisation).
Ces deux usages sont des solutions permettant l'exploitation des données personnelles dans le respect des droits et des libertés des personnes. Cela consiste à renforcer la protection de données personnelles.
Récemment, l’anonymat est utilisé sur les réseaux sociaux pour contourner la censure, certains individus se sentant protégés par cette couverture qui leur permet de dire tout ce qui leur passe par la tête sans forcément faire attention à leurs mots ou propos, contribuant ainsi à la poussée d’incitation à la haine que l’on constate sur les réseaux sociaux.
Ce problème a été soulevé par Mme Clara Chappaz, ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, au Sénat, lors d’une séance publique, en réponse à une question de M. CHAUVET Patrick.
Elle nous dit ainsi : "[Il] faut regarder la situation en face : le déversement de haine en ligne s'appuie quelquefois sur le pseudonymat, qui peut donner un sentiment d'impunité à ses acteurs. Pourtant, l'anonymat est utile à certains, qui peuvent ainsi s'exprimer alors qu'ils en seraient empêchés sans cela."
Mme Clara Chappaz a aussi parlé du fait qu’il "n'y a pas d'anonymat en ligne, pas plus qu'il n'y a d'impunité". En effet, bien que l’article 6 de la loi de 2004 garantit un droit à l'anonymat pour les non professionnels éditant du contenu sur internet ou les réseaux sociaux, les hébergeurs et opérateurs sont tenus de transmettre aux autorités, si elles le demandent, les informations relatives à tout utilisateur, ce qui ne garantit donc pas l'anonymat complet.
On assiste alors à une émergence de comptes sur les réseaux qui utilisent ces données pas souvent très bien gardées afin de retrouver les auteurs de contenus ou commentaires et les exposer, ce qui nous force à revoir notre définition de l’anonymat.
Sources :
https://shs.hal.science/halshs-00089561v1
https://shs.cairn.info/revue-sigila-2019-1-page-15?lang=fr
https://litteraturefrancaise.net/fr/auteur/george-sand/lauteur-et-son-oeuvre/
https://litteraturefrancaise.net/fr/auteur/george-sand/lauteur-et-son-oeuvre/